Carnet de voyage #32 - DOURO, FADO, BACCALAO

Nous profitons des dernières semaines de voyage dans les hautes terres du Portugal. Bien loin du fameux "Métro, boulot, dodo",  notre quotidien est rythmé par le bien plus agréable " Douro, Fado, Baccalao"

 

 

Le Portugal intérieur

Le Portugal est connu pour sa côte, pour Lisbonne et Porto, mais peu s'attardent dans ses espaces intérieurs: un territoire rural et montagneux, plus reculé mais aussi peut être plus authentique. C'est par les grands barrages sur les gorges du DOURO, au Nord-Est, que nous sommes entrés dans le dernier pays de notre transeuropéenne.

 

D'emblée, au premier village, on plonge dans un décor digne d'un film: les mamas, assises au devant des maisons, sont couvertes d'épais tissus noirs et font la discussion en tricotant.  Nous croisons des petits vieux sur des bécanes pas vraiment plus jeunes qu'eux et qui pétaradent plus qu'elle n'avancent.

Ce sont les motos FAMEL, marque portugaise dont les usines ont fermé depuis longtemps, mais qui restent un monument de la mémoire collective.

 

Les maisons sont couvertes de faïence, et les jardins sont luxuriants de roses et de fleurs. Rien de bien surprenant pour un pays qui, quarante ans plus tôt, avait su mettre de œillets jusque dans sa révolution.

 

La vallée du DOURO est toute en reliefs. Nous passons nos journées à cheminer sur des sentiers de draille et sous un soleil de plomb. Les vallées s'ouvrent en coteaux abrupts, si pentus et si secs, qu'on se demande comment il est possible qu'ils soient cultivés. Mais les pentes ont été aménagées en terrasses sur lesquelles poussent des amandiers, des olives et de la vigne. De loin, ces cultures forment un paysage bardé de rayures aux orientations variées, qui suivent ingénieusement les sinuosités de la topographie.

 

Dans ces coins, il n'est pas rare de croiser un vieil agriculteur en chemise blanche trônant sur un petit tracteur FORD de l'après guerre, labourant le sol dur et pierreux dans un large nuage de poussière. Parfois, sur les pentes les plus inaccessibles, ce sont même les mules qui sont sollicitées. Dans la solitude des chemins, nous avons parfois l'impression de voyager dans une autre époque.

 

 

La cage dorée

Mais pour nous le dépaysement s'est arrêté net dès que nous avons commencé à discuter avec les gens du coin.

 

Les premiers temps, nous avons essayé de parler dans notre sabir de voyageur, mélange incertain de francais, de portugais et d'espagnol. A chaque fois, même dans les cafés des villages les plus reculés, on nous a répondu dans un français parfait. Les gens se sont généralement bien amusés de nos efforts louables mais très maladroits. Ici tout le monde ou presque est parti travailler en France dans les années 60-70. Beaucoup sont revenus à l'heure de la retraite. Tous ont encore de la famille aux quatre coins de l'hexagone.

 

Nous avons par exemple rencontré José dans un café. Il a cinquante ans et arbore le maillot de l'équipe de France 98. Il a passé près de 30 ans en Bourgogne, et on le remarque d'ailleurs tout de suite à son accent ! Il nous raconte son arrivée en France ("j'en ai bavé à l'école, car au début je comprenais rien"), tout les boulots imaginables qu'il a pu faire, sa passion pour les parties de Tarot et son retour au pays pour s'occuper de son père vieillissant.

 

Lorsqu'on lui dit que nous sommes impressionnés par le nombre de francophones, il nous répond "Vous avez vu la cage dorée [la comédie de Ruben Alves sur les portugais émigrant à Paris ]. Eh bien, c'est presque pareil en vrai!" Résultat, nous bénéficions d'un accueil et d'une hospitalité comme nous n'avions plus connu depuis l'Europe de l'est.

 

Partout les gens sont sympas, souriants et heureux de partager leurs souvenirs de France. Mais derrière ces moments fraternels, il y a aussi la réalité moins reluisante de ces territoires. Presque la moitié des maisons sont inoccupées ou abandonnées. Les gens n'ont pas trop de boulot. Et certains des immigrants font un peu grincer les dents (on les appelle "les français"), surtout lorsqu'ils se font construire des palaces un peu kitsch, avec colonnes en plâtres et balcons type Sissi impératrice, qu'ils habitent trois mois dans l'année.

 

La frustration est palpable, car depuis la crise, il n'y a plus trop de travail par ici et beaucoup sont à nouveau tentés par le départ. Souvent à contrecœur et plutôt en Allemagne ou en Angelterre qu'en France désormais.


Les cantines

Vous l'aurez compris, nous aimons le Portugal. Car en plus du plaisir des rencontres, nous avons celui de l'estomac. Le raz-le-bol du "jambon-chips" s'est fait sentir et ça tombe plutôt bien car le pays regorge de petites cantines bon marché.

 

À chaque fois, le même scenario: un panneau affiche "canthino" ou "restaurante", nous poussons la porte et nous découvrons un bar qui fait grise mine et qui nous donne généralement envie de faire immédiatement demi tour!

 

Mais il faut passer le cap, car ici les salles de restaurant sont bien cachées en arrière boutique. Le midi, il y a souvent du monde, une salle comprenant essentiellement des habituées et des ouvriers.

 

 

Ce qu'on aime dans ces cantines, c'est l'ambiance chaleureuse qui y règne. Ce qui est certain, c'est que nous n'y allons pas pour le décor! De grandes salles éclairées par des néons aux lumières jaunâtres, des azulejos (carrelages muraux) qui sont la marque de fabrique du Portugal, des chaises en plastiques, une décoration bien kitch et l'indétrônable télévision qui hurle dans la pièce. 

 

Pas question de demander baisser le son, surtout à quelques jours de la finale de la ligue des champions qui se déroulait à Lisbonne! Ronaldo, demi dieu ici, concurrence sévèrement le baccalao :).

 

Nos narines sont très vite saturées par l'odeur forte de friture. Beaucoup de choses ont baigné dans l'huile ici : les patates, la morue, le poisson, tout y passe! Le " baccalao" (la morue qui est LA spécialité) on maitrise, on adore. Pour les légumes, on repassera. Tout est accompagné de frites ou de riz. Si nous ne marchions pas trente kilomètres par jour,  nous serions rentrés obèses !

 

L'addition est toujours très douce, pour 6 euros nous degustons un copieux menu, avec boissons et café.

 

 

 


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Commentaires : 6
  • #1

    Ami Gilbert Ahuy (mardi, 03 juin 2014 17:08)

    L'un de mes plus grands regrets, le Chemin portuguais. Alors profitez-bien de ce beau Pays que j'ai quand même visité dans des petites vacances... Gilbert

  • #2

    ecole doctorale droit (mercredi, 04 juin 2014 16:15)

    Bonjour, nous sommes heureuses de voir que tout s'est à peu près bien passé pour vous, vous avez été courageux mais je suis sûre que cela vous a beaucoup apporté. Vous viendrez bientôt nous voir car les diplômes de doctorat sont arrivés, nous allons les distribuer le 12 juin mais je pense que vous ne serez pas encore de retour. Nous languissons de vous voir pour que vous nous racontiez car nous avons suivi pas à pas votre périple. Sophie, Iwona et moi vous faisons de gros bisous. Anne-Marie BARREL Ecole doctorale droit

  • #3

    calot (vendredi, 06 juin 2014 08:24)

    je pense à vous , à votre bonheur d'avoir accompli ce périple et à la fete des retrouvailles avec les parents et vos amis ; profitez bien de ces moments de ces moments magiques !

  • #4

    Ami Gilbert d'Ahuy (vendredi, 06 juin 2014 22:24)

    Merci beaucoup Julia et Mathieu pour votre petit message, mais comme je vous ai répondu, cela a été pour moi un immense plaisir de vous suivre régulièrement, car vous venez de vivre une Grande Aventure que j'aurais bien aimé faire dans ma jeunesse...bien sûr, je me suis un peu rattrapé au début de ma retraite, en partant sur des chemins de Compostelle, ceci à cause du côté pratique pour les tracés et les hébergements, et cela a été aussi de superbes moments vécus sur ces beaux chemins et tant de belles rencontres humaines souvent éphémères mais si enrichissantes, et aussi une superbe Passion vécue durant 9 années consécutives, d'où le titre de mon blog: "stjacquespassion.com". Toutes mes amitiés, Bon retour chez vous et peut-être? un autre grand Voyage un jour pour vous deux...qui sait? Ami Gilbert d'Ahuy.

  • #5

    Marc (dimanche, 08 juin 2014 17:02)

    D'un autre bout du monde (l'île de KIJI en Russie) une pensée pour vous dans vos derniers kilomètres.
    Je me réjouis de vous savoir bientôt à Lisbonne, et vous souhaite de profiter encore pleinement de ces dernières journées de chemins, de rencontres, de paysages et de vous !

    A bientôt de lire votre billet d'arrivée!
    Amitiés

    Marc

  • #6

    cabel (vendredi, 13 juin 2014 20:55)

    bonjour des camping caristes de Mogadouro et bonne fin de voyage ,c'est vrai que les portugais sont sympas cordialement
    la bretagne vous accompagne en pensée

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