Carnet de voyage #31 - la Meseta

Avec un peu de retard, voici ce carnet de voyage retraçant nos dernières foulées dans la pampa espagnole. Au menu, des lignes droites, des moments de solitudes pas désagréable et de bons bivouacs en pleine nature.

 

Tangentes

Nous avons fini par quitter les chemins de Compostelle. Nous nous sentons alors comme un chauffeur qui quitterait une autoroute bondée pour se retrouver brutalement, seul, sur une route de campagne.

Bien sûr, les premières heures, comme d'habitude on nous a pris pour des pèlerins égarés, et il nous a fallu expliquer invariablement que oui, nous nous écartons délibérément du chemin....

 

Nous nous retrouvons ainsi à marcher dans la solitude complète au milieu de ce grand plateau du centre de l'Espagne que l'on appelle la Meseta. Dans d'autres carnets de voyages, nous vous avions déjà raconté que les gens nous véhiculent souvent pas mal de fantasmes à propos des territoires d'à côté de chez eux. Cette fois-ci, on nous avait prévenus : nous allions croiser des paysages désertiques dignes de Don Quichotte de la Mancha, et des élevages de taureaux en liberté qui viendraient nous courir aux fesses. Olé !

 

Mais finalement, en ce début de printemps, nous n'avons rien vu que des lignes droites courant jusqu'à l'horizon et des champs de blé jeunes et verts à perte de vue. Dans cette campagne, on se sent comme au beau milieu d'un tableau de Rothko:  le bleu pur du ciel entourant le vert des champs. Ou bien l'inverse, on ne sait plus trop.

Nous avons tout le loisir d'étudier en détail ces subtiles nuances de couleurs, car à vrai dire les sentiers, ici, sont un peu monotones. Les lignes droites, synonymes de vitesse dans la vie courante sont ici un défi pour la volonté. On peut marcher pendant 10 kilomètres sans avoir l'impression d'avoir progressé d'un mètre.  Et quand l'horizon se couvre, que le vent se lève et que l'on voit, ancrée dans le gris des nuages, la promesse d'une averse, on sait qu'on ne pourra compter sur aucun abris. Il faudra s'armer de courage et de patience: marcher trempé, marcher sans penser a rien, les yeux rivés sur les chaussures pendant d'interminables kilomètres.

 

 

 


La maison des 3 petits cochons

Bien que monotones, ces grands espaces ont une certaine majesté. Il y a ces canaux arborés, qui quadrillent le territoire et lui donnent un faux-air du canal du midi. Nous y coulons des jours paisibles. Mais dès que l'on croise un village, on prend la mesure de la désolation qui frappe cette partie de l'Espagne. Cette région est tellement vouée à l'agriculture, que faute de carrières, la plupart des maisons sont faites de petites briques de terres et de paille.

 

On repense aux maisons des trois petits cochons. Et comme dans le compte, on se rend compte qu'il y a tout de même mieux pour se protéger du grand méchant loup!

 

Les villages ont été désertés, à cause du développement d'une agriculture céréalière intensive et de l'exode vers les villes qui s'en est suivi. Les maisons de terre, abandonnées ont littéralement fondu, comme une glace au soleil. Il ne reste alors que des amas informes de bois et de terre, qui donnent a ces villages un air de champ de bataille.

 

C'est parmi ces terres désoeuvrées que nous sommes un jour tombés, par hasard sur un village, minuscule, nomme AMAYUELAS. Ici une vingtaine de personnes ont décidé de lutter contre la fatalité du dépérissement et ont entrepris de redonner vie a ces lieux autour d'un projet de village écologique. Des l'entrée, des grands écriteaux sur les façades des maisons "El pueblo no se vende" (le village n'est pas a vendre) annoncent la couleur. Les maisons abandonnées ont été reconstruites et transformées en gîtes, en cuisines, en salles de conférences... tout les équipements nécessaires au fonctionnement d'un écosystème communautaire. 

 

Ce village abrite une "Université rurale", un lieu de savoir et de formation qui, de la conservation des semences anciennes a la formation aux techniques de construction traditionnelle, tente de réinventer un modele de développement rural. C'est ainsi que nous nous sommes retrouves a 22 heures dans un hameau d'à peine 15 habitants au milieu de nul part a écouter une conférence en espagnol sur les risques du traité de libre échange entre l'UE et les États Unis ( le fameux TIPP). Europe, quand tu nous tiens....

 

 

Bivouacs en série

Le bon coté des territoires a faible densité, c'est qu'on ne rencontre pas de grosses difficultés pour trouver des endroits de bivouacs. Nous nous sommes ainsi retrouves absolument seuls au bord d'un lac, proche de la frontière avec le Portugal,  dans un cadre a couper le souffle.

 

A l'approche de notre dernière frontière, la topographie change. Nous retrouvons les collines, un climat plus aride et minéral et, enfin les fameux taureaux que nous attentions depuis si longtemps. Ils ont en effet une carrure impressionnante! Même cantonnés derrière de bons barbelés, nous nous faisons très discrets lorsque nous passons devant eux!

 

Nous entrons dans le parc national du Douro, dont la rivière et les gigantesques barrages hydroélectriques marquent la séparation avec le Portugal.

 

 



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Commentaires : 4
  • #1

    Hélène et Francis (mercredi, 21 mai 2014 12:38)

    Il y a plusieurs semaines que nous n avions pas pris de vos nouvelles, c'est avec un réel plaisir que nous avons lu vos derniers carnets de voyage. La guérison du pied de Julia est une bonne nouvelle vous pouvez profiter pleinement de votre dernier millier de kilomètres. Vous nous faites voyager et rêver avec vos photos et vos textes. Votre ressenti du Portugal nous donne envie d'aller le découvrir. Nous sommes impatients de recevoir votre carte de Lisbonne mais cela veut aussi dire que nous ne voyagerons plus grâce à vous. Nous espérons que vous prendrez le temps d'en faire un livre...un film...d'en laisser une trace pour nous tous. Bonne continuation ,nous vous embrassons.

  • #2

    Perla (vendredi, 23 mai 2014 17:03)

    Je suis votre voyage jusqu'au Portugal. J'ai bien aimé votre passage à la maison . ma maman me lit ce que vous écrivez . Ce sont des beaux textes .
    Courage. Vous y êtes presque!
    Bisous
    Perla

  • #3

    Didier DELOUVEE (dimanche, 25 mai 2014 09:13)

    Après de longues lignes droites au milieu d'un paysage de BD dont vous êtes nos héros, l'ultime traversée d'une frontière, c'est la dernière longue ligne droite vers l'arrivée. Courage à tous les deux pour ces derniers petits pas savoureux aussi pour nous.
    Didier. (Ecole de Cherveux)

  • #4

    Ami Gilbert Ahuy (mardi, 03 juin 2014 17:04)

    6500 bornes...la fin du Voyage approche, deux sentiments inverses vont s'opposer ces jours-ci, la Joie d'arriver enfin au terme de votre grand Voyage...et la Tristesse de quitter ces grands chemins solitaires qui n'ont pas de fin et de retrouver la vie trépidante de nos grandes Cités... Votre photo de tous les deux au coucher du soleil est absolument magnifique! Ce serait sympa si vous pouviez me l'offrir...J'ai toujours adoré le long de mes grands voyages à pied, ces instants magiques des levers et des couchers du soleil, c'est un pur bonheur! Ami Gilbert.

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