Carnet de voyage #28 - Sur le Camino Frances

Nous vous avions laissés en haut des Pyrénées. Nous voici bien redescendus, au milieu des hordes (si si!) de pèlerins qui convergent vers Saint-Jacques de Compostelle.

 

Emportés par la foule

Nous qui n'avions croisé quasiment aucun marcheur en 5000 km, nous faisons désormais une séance de rattrapage intensive! Notre petit guide du camino francès vantait, en quatrième de couverture, ce "chemin où l'on vient trouver la solitude et le voyage intérieur...". Sacrés farceurs!

 

Il faut s'imaginer sur les larges sentiers, devant, derrière, partout, des sacs à dos chamarrés. Des marcheurs de tous les continents, défilant à la queue leu-leu. Nous disons et entendons le fameux "Buen camino" une bonne centaine de fois par jours, jusqu'à l'épuisement moral complet.

 

Marcher sur les chemins de Saint Jacques en Espagne c'est aussi et surtout faire l'expérience des albergues, ces gigantesques dortoirs municipaux de fort bon rapport, dont certains atteignent les 300 places.

Le soir, on y trouve une ambiance de colonie de vacances, avec les guitares, les jeux de cartes ou les grands attroupements extatiques devant le petit téléviseur, si vous tombez un soir de match Real-Barca, le fameux classico.

 

Tout cela est très sympathique, et sans excès, puisqu'en ces lieux on se couche relativement tôt, pour laisser place au calme et au repos.... enfin, à un calme tout relatif, car dans ces grandes travées de lits superposés, ce sont les ronfleurs qui se chargent généralement d'animer la seconde partie de soirée! Au programme : concert polyphonique tous les soirs. Et lorsqu'au point du jour vous finissez par trouvez le sommeil, il faut alors prier pour que vos voisins de lits ne soit pas de ces pèlerins qui se lèvent à 4h30 du matin pour admirer le lever du soleil. Ah! Les joies de la vie en collectivité!

 

Mais pour nous le camino, au delà de ces petites tracasseries, c'est quand même un peu les vacances. Quel bonheur de se réveiller chaque matin sans avoir à se poser cette satanée question que nous traînons depuis Tallinn: "au fait, où va-t-on dormir ce soir?" Et quelle joie d'avoir tous les jours une petite terrasse de café pour égayer la pause!

 

Ne soyons pas ingrats : les chemins ont aussi du bon. Nous y trouvons ce petit confort qui rend le voyage plus doux, après 11 mois passés dans des conditions plus précaires.


La semaine sainte

Si nous avons trouvé les sentiers si fréquentés, c'est parce que nous approchons de la semaine sainte. Durant sept jours, les villes et villages de la très pieuse Espagne se mettent au rythme des célébrations.

 

Parmi ces festivités, nous avons évidemment eu droit, à Burgos, aux fameuses processions, ces grands défilés avec tambours et trompettes.

 

Nous regardons passer d'interminables cortèges de pénitents marchant au pas, coiffés de la capirotte, ce couvre-chef de forme conique, avec seulement deux petits orifices au niveau des yeux.

 

Certes, nous nous souvenons encore un peu de nos lectures de Levi Strauss (pas celui des blue jeans, l'autre...) nous rappelant qu'il ne faut pas juger une pratique culturelle en fonction de normes qui lui sont extérieures. Mais bon, il ne manquerait tout de même qu'un ou deux cow-boy sur leurs chevaux pour se croire au beau milieu d'une réunion du Ku Klux Klan!

 

Heureusement, chez les espagnols, le sens de la fête revient vite au galop. Le cortège à peine passé, (presque) tout le monde se rue dans les bars à tapas, déguster ces delicieuses spécialités à base Jamòn, de Bacalao et de patatas. Il règne dans ces établissements une agitation chaleureuse et bruyante.

 

Chaque bar a sa spécialité et le principe est ici de ne rester qu'une dizaine de minutes dans chaque lieu: juste le temps de boire un verre et d'ingurgiter un zakouskis, puis on passe au suivant. Il en résulte un mouvement permanent, partout, dehors, dedans....

 

Nous voilà pris comme dans un tourbillon de rencontres, de bonne bouffe et de bon vin. En un mot: le bonheur!

 


Trop de pèlerin tue le pèlerin.

Passés ces quelques jours de pause à Burgos, nous avons repris les chemins de Saint-Jacques, mais pour quelques jours seulement. Nous avons pris la décision de quitter le camino pour filer droit vers Lisbonne par la Meseta, ce plateau presque désertique du centre de l'Espagne. D'abord du fait du retard pris avec la blessure de Julia (qui est désormais complètement résorbée), nous n'avons plus vraiment le temps de faire ce détour par Saint-Jacques. Ensuite, ces trois semaines sur le Camino Frances nous ont suffit.

 

Nous avons bien sûr fait de belles rencontres - les pèlerins sont des gens généralement forts sympathiques - mais tout y est tellement organisé que nous avons parfois l'impression d'être au club MED des macheurs.

 

Avec une auberge tous les 300 mètres et un café tous les 2 km (nous exagérons à peine), il n'y a pas vraiment de place pour la surprise. Les locaux, quoique généralement très courtois, sont naturellement lassés par ce flot sans interruption de bipèdes. Nous avons par conséquent l'impression que le pélérinage sur le camino Frances devient un voyage "hors sol", sans contact avec le pays réel et où l'on reste cantonné dans dans l'"entre soi des pèlerins"

 

C'est pourquoi nous sommes excités de retrouver la solitude et l'exaltante incertitude des chemins de traverse. Bref...l'aventure!

 

Depuis nous descendons vers Zamora et nous n'avons cessé de croiser et de pérégriner sur des axes secondaires du chemin de Saint Jacques (El camino de Madrid, El camino de Levante, El camino del Sur Este). L'atmosphère y est tout autre: nous renouons avec la solitude, les rencontres amusantes avec les gens du coin. Les gîtes sont ici plus intimistes, seulement cinq ou six lits, l'accueil est soigné. Pour ceux qui souhaitent se lancer dans la grande aventure compostelloise, on ne saurait que trop vous conseiller d'emprunter ces chemins, où l'esprit du pèlerinage est encore préservé.

 

 


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Commentaires : 4
  • #1

    Ami Gilbert d'Ahuy (samedi, 03 mai 2014 10:44)

    C'est bien ce que je vous avais écrit dans un de mes commentaires, de plus, vous êtes tombés dans une semaine sainte, et il faut savoir que certains étudiants espagnols, doivent en fin de leurs études, faire ce pèlerinage, et au passage, c'est un pèlerinage et il ne faut pas s'étonner si on voit du monde sur ce parcours. Maintenant quant à la solitude des chemins de Compostelle, c'est dans la tête et les écrits de certains écrivains en quête de spiritualité, par contre, elle existe encore sur d'autres chemins de Compostelle au coeur de l'Espagne et un peu moins connus et fréquentés, du fait de la barrière de la langue. L'espagnol n'est pas très pratiqué par les français, beaucoup plus par les allemands et les hollandais. Je suis heureux de votre initiative d'avoir pris par le Sud, effectivement le chemin des français est bien trop emprunté, et ce n'est pas encore la pleine saison. Dès Juin, vous avez bien des chances de dormir dehors, uniquement dans votre sac de couchage... Continuez bien votre superbe chemin, chemin qui est le vôtre! Gilbert.

  • #2

    Bernard "Pixun" (dimanche, 04 mai 2014 09:37)

    Bonjour, Je découvre votre site illustrant cette superbe aventure. Je comprends votre réaction face à la "surfréquentation" du Camino Frances. J'ai personnellement utilisé (depuis Paris) le Camino del Norte. Quelques jours (2-3) supplémentaires vous auraient offerts un balcon sur le golfe de Gascogne au nord et les monts Cantabriques au sud offrant des paysages un peu plus variés et un itinéraire moins encombré que Pamplona-Burgos et la suite. Merci pour votre partage et "Buen Camino"!

  • #3

    Elise (lundi, 05 mai 2014 18:54)

    la jolie carte postale imaginaire des sac-à-dos colorées est super ! et les coquelicots en photo sont splendides !!!
    des bises, et chouette de lire que Julia est tout à fait rassurée pour la blessure :-)

  • #4

    Claudie (vendredi, 09 mai 2014 18:19)

    Elise! voyons! ce ne sont pas des coquelicots mais des tulipes !!!! Bon, je te pardonne cette erreur botanique !

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