Le jour où nos parents ont appris...

" Et vos parents, ils en pensent quoi?", voici une question que l'on ne cesse de nous poser, bien que nous soyons depuis fort longtemps majeurs et vaccinés! Nous vous proposons donc un carnet de voyage un peu spécial qui raconte le jour où nos parents ont appris que nous partions traverser l'Europe à pied.

 

Anne et Yves, les parents de Julia

VOYAGE EN TERRE MECONNUE - Si loin, si proches …

 

Julia a le goût et le sens de la mise en scène. C'est donc lors de la veillée de noël 2012, entre deux déballages de cadeaux, que nos deux montpelliérains nous ont dit qu’ils avaient quelque chose d’important à nous révéler… et cette annonce devait prendre la forme d'un... cadeau !

 

Nous nous doutions bien qu’il ne s’agissait pas de nous parler de l’avènement prochain d’un petit jésus pour l’année, ni d'un mariage en préparation, encore moins de devenir propriétaire, fi .. On savait bien que depuis quelques mois, l’idée de la bougeotte les démangeait.

 

Adieu routine, « fouthèse » et autres chaînes. On a donc pensé à un départ pour un pays lointain où ils s’établiraient pour quelques temps, histoire de faire un break. Nous leur demandions régulièrement quel pays avait leur faveur ces derniers temps. Ils éludaient systématiquement la question et Anne trouvait d'ailleurs ça bizarre ! Ce pays serait exotique ou décalé si possible (Australie, nouvelle Zélande, Canada ou autre Chine...).

 

Ils avaient contracté le virus de bien des jeunes de leur génération car s'installer quelques temps ailleurs semble être un passage incontournable de leur parcours personnel et professionnel . Et on se voyait déjà prenant l'avion pour leur rendre visite at home… Donc on attendait juste le nom de the destination.

 

Que nenni ! Il s’agissait de renouer avec l’esprit des voyageurs du moyen-âge sur les chemins hasardeux, et vagabonds d’une Europe élargie. Il est vrai que Julia nous avait déjà habitués aux séquences pérégrines vers Compostelle. Ca la reprenait ! Mais là, il s’agissait d’autre chose : une grande diagonale nord-sud à travers des cultures et des paysages à la fois si loin - si proches et pourtant finalement méconnus sous cet angle original de la marche.

 

Partir oui, mais marcher un an, marcher, toujours marcher en tous temps, toutes saisons, ça nous laissait perplexes. Il n'était pas question de bifurquer de temps en temps pour visiter un site touristique, un capitale pas si lointaine, c'est pourtant tentant, un coup de train ou de car et hop ! Non ce n'était pas des vacances et cela me paraissait bien sérieux, très cadré, étaient-ils devenus des intégristes de la marche ? Avaient-ils bien pris la mesure du projet ?

 

Pour Anne ils étaient un peu fous pour une pas dire un brin masos et probablement ils nous reviendraient avant la fin de l'hiver ! En fait c'est l'esprit du projet qu'il nous fallait intégrer. Le lendemain, pour cerner un peu plus l'affaire, on pose des tas de questions. On découvre qu'ils le préparaient dans le secret depuis plus d'un an. Tout est bien pensé jusque dans les moindres détails, le budget, le partenariat, le mode d'hébergement, un matériel hyper léger, à la pointe de la technologie. Peut-être pas si fous dans le fond ! En tout cas, ils savent tenir un secret, c'est ce qui nous étonne le plus de la part de Julia, à l'affût du moindre potin. On admire le travail que ça leur a demandé, en parallèle de leur travail respectif, de la thèse pour Julia !

  

Cela commencerait en été par les pays baltes (logique) et se terminerait à la pointe occidentale de l’Europe, Lisbonne, (ah, les bords argentés du Tage !). Mais avant, que de nuits hasardeuses au fil de ce périple et parfois sous des cieux peu cléments, surtout en hiver, ce qui nous causait quelque inquiétude, il faut l'avouer. Leur tente super étudiée, qu’ils nous ont fait visiter quelques mois plus tard juste avant leur envol pour Talinn, nous a rappelé notre propre jeunesse, à l’époque où nous nous contentions du dépaysement des Cévennes ! Mutatis, mutandis. Elle nous paraissait tout de même bien fragile et son sol tout aussi dur que celui que nous avions connu ! Mais bon, la fois était là. On attendait de voir leur résistance à cette vie spartiate, surtout sous les orages d’été et dans la neige de l’hiver.

 

 Heureusement, on a découvert très vite avec eux les charmes du couchsurfing (et du restosurfing parfois) et cela nous a vite rassurés ; Et puis L’ami Skype jouait aussi la carte de la proximité improbable  et rassurante. La marche, à l’ère du numérique, il faut avouer que ça ne manque pas d’air ! D’ailleurs, La plus grande surprise de l’expérience est bien là : cette proximité au jour le jour via les écrans, grâce au site remarquable tenu par nos deux pèlerins. Œuvre d’art virtuelle et toujours bonifiée (JC Ruffin, accroche-toi) qu'on a toujours plaisir à lire comme un feuilleton moderne.

Le moyen âge est décidément bien loin…

 

 

Geneviève et André, les parents de Mathieu

 

Si vous vous posez des questions sur vos méthodes d’éducation parce que votre enfant de 3 ans ne supporte pas d’être séparé de vous, ne vous inquiétez pas ; un jour, il partira. Il est juste en train de réfléchir. Quand il sera grand, traversera-t-il le Timor oriental en trottinette ou la Patagonie à cloche pied ?

 

16 février 2013 à 23h30, Mathieu et Julia nous informent qu’ils vont nous faire part d’une grande nouvelle. Notre esprit se met à gamberger :

  1. bébé
  2. achat de maison
  3. changement de voiture ... (dans l’ordre décroissant d’excitation). Tout faux ! :

 

- « Nous prenons une année sabbatique pour traverser l’Europe à pied de Tallinn à Lisbonne ».

 

Stop, on respire un grand coup, on réfléchit et 1000 questions se bousculent : et votre travail ? Et les finances ? Et votre maison ? Mais à chaque question, réponse raisonnable, on sent le projet bien mûri et déjà préparé de longue date. Quels cachottiers !

 

La nuit porte conseil mais suscite d’autres questions et en particulier la question majeure :

- « Que ferez-vous de Châtaigne (la chatte adorée) ? »

-« Et bien, ne voudriez-vous pas la garder chez-vous ? »

Alors là, que nos enfants traversent l’Europe à pied, on applaudit, mais qu’il nous laisse leur chat, c’est non !.... ( Il semblerait qu’ils aient prévu une solution de repli).

 

Dans les jours qui suivent un grand-père de Mathieu nous quitte. Dans ce contexte, leur projet est une fenêtre de vie.

 

Nous avons confiance en Mathieu et Julia, ils nous étonnent. C’est donc sereinement que nous les verrons partir, bien résolus à leur servir de base arrière. Notre seule angoisse serait qu’ils ne puissent marcher jusqu’au bout de leur rêve.

 

Et maintenant qu’ils sont parvenus aux trois quarts de leur voyage, nous sommes toujours enchantés de leur décision. Ce voyage nous aura tant appris :

 

Nous connaissons désormais la localisation et le nom de chacune des capitales des Etats Baltes, du nord au sud, à l’endroit et à l’envers.

Nous avons appris à utiliser « the cloud ».

Nous découvrons avec gratitude cette grande chaîne d’Estoniens, de Lettons, de Lituaniens, de Polonais, Slovaques, Hongrois, Autrichiens, Slovènes, Italiens, Français qui ont accueilli nos enfants avec tant de gentillesse. Qu’ils en soient remerciés. En ces temps où l’on célèbre le centenaire du début de la première guerre mondiale, et presque 70 ans après la fin de la deuxième, il est rassurant de savoir qu’il existe un peuple européen en paix. Pour nous, ce peuple a désormais une multitude de visages amicaux.

 

Ne le répétez surtout pas à Julia et Mathieu, mais nous sommes très fiers d’eux !

 


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Commentaires : 8
  • #1

    Geneviève et André (mardi, 22 avril 2014 00:43)

    Nous protestons, la photo choisie n'est vraiment pas flatteuse : une fin de journée épuisante dans un vaporetto vénitien. C'est bien la peine de dire des choses gentilles !
    On vous embrasse quand même.
    Les parents de l'Atlantique

  • #2

    Ami Gilbert d'Ahuy (mardi, 22 avril 2014 18:28)

    Super génial déjà, d'avoir de tels parents aussi compréhensifs et ayant une telle confiance en leurs enfants. Ils peuvent être fiers d'eux et de leur exploit déjà fait, même si ce grand Voyage devait s'arrêter-là, ce que je ne souhaite pas de tout mon coeur, avoir déjà fait plus de 5400 km, soit plus de 5 fois la France, c'est déjà un merveilleux Voyage dont les souvenirs peupleront bien des rêves dans leurs vies mutuelles, et ils reviendront de ce formidable périple tout à fait transformés, j'en suis sûr! Bravo aux parents et à ces deux formidables voyageurs, qui comme Ulysse, font un beau Voyage! Et j'espère, un beau livre à leur retour: " L'Odysée de Julia et Mathieu de Talinn à Lisbonne..." Gilbert d'Ahuy en Bourgogne.

  • #3

    Rémi D-G (mercredi, 23 avril 2014 21:26)

    Courage pour le dernier quart!
    Même si c'est dure, profitez, car après, c'est plus dure....

  • #4

    euzen marie (mercredi, 23 avril 2014 22:00)

    bravo Anne Yves Geneviève André ! bravo à vous tout d'abord puisque c'est grâce à vous qu'ils sont partis. Bien sûr puisque c'est vous qui leur avez transmis (en quelque sorte) ce goût de l'aventure !
    Puis bien sûr bravo à vos enfants qui nous font voyager.
    Encouragez-les vivement à écrire leur périple cela en vaut la peine.
    bravo à vous tous.

  • #5

    Isaie (samedi, 26 avril 2014 10:40)

    On retrouve une jolie plume du côté des parents aussi... En tout cas, Claire et moi même sommes très heureux de garder Châtaigne qui n'a pas eu à quitter son logis et peut s'assurer que nous nous occupons de son jardin.
    Bien à vous les amis,
    Des bises de Majorque

  • #6

    Ami Gilbert d'Ahuy (samedi, 26 avril 2014 18:27)

    5620 bornes! Le Chemin de Francès défile...Santiago de Compostela approche! Bon courage, Gilbert.

  • #7

    Lulu Denech! (dimanche, 27 avril 2014 23:08)

    Tels enfants, tels parents..la plume est là!
    L'émotion et le rire saisissent en vous lisant!

  • #8

    Noémie, Big mama (mardi, 29 avril 2014 18:41)

    Bonjour à tous ! Je partage l'avis de Lulu, il est très agréable de lire la réaction de vos parents !
    Ce petit mot pour partager aussi notre réaction à l'annonce de votre départ. Elle fût à peu près la même. On connaissait votre soif d'ailleurs... Mais on ne se doutait pas de la traversée à pieds si bien envisagée ! Quelle belle idée ! Vous avez aussi toujours notre soutien ! Je vous encourage encore par la pensée, du mieux que je peux !!! J'espère que tout va bien !
    Bisous...

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