Carnet de voyage #26 - fondus dans la masse!

Deuxième partie de notre passage sur les chemins de Saint-Jacques. Le pays basque français a ravi nos yeux et nous y avons goûté une dernière fois au plaisir de la pérégrination solitaire. A Saint Jean Pied de Port nous nous retrouvons avec les foules de pèlerins, empruntant alors un chemin que que nous devons apprendre à partager....

 

Les gardiens de troupeau

Arrivés à Pau, nous avons décidé de quitter la voie d'Arles qui passe par le col du Somport (à 1600 m), pour rejoindre celle du Velay un peu plus à l'ouest et qui emprunte le col de Ronceveau, à plus faible altitude (1400m).

 

En cause, les neiges franchement persistantes en ce début de mois d'avril, qui ont poussé les associations jacquaires à interdire le passage du col du Somport. Nos amis québécois, rencontrés quelques jours auparavant ont dû prendre le bus pour franchir ce dernier obstacle. Pour nous, les ayatollahs de la bipédie, c'est impossible: question de principe! ☺.

 

Nous avons donc fait quelques journées de "hors piste", pour rejoindre la fameuse voie du Puy à Saint Jean pied de port. Après 4000 km hors GR, nous avons l'habitude de frayer notre chemin entre les champs et les petites routes de campagne! Mais à peine sortis des fameuses balises, voilà que piétons, voitures, cyclistes, s'arrêtent à notre hauteur : " vous êtes perdus?!", "ce n'est pas par ici le "chemin".......

 

Le premier nous amuse, le second aussi. Jusqu'au cinquième nous avons répondu gentiment, appréciant leur sollicitude. Ensuite nous avons craqué : nous voilà comme deux brebis cernées par des centaines de chiens de bergers!

 

Mais nous nous sommes obstinés sur les chemins de traverses et nous avons bien fait! Le bouche à oreilles ayant fait son effet en France, nous enchaînons les accueils chez d'anciens pèlerins, Marie-Hélène, Jeanne puis Jean, qui nous réservent chacun un accueil fantastique. Nous suivons les sentiers de crêtes du Béarn, avec au loin les Pyrénées. Les fermes béarnaises se succèdent, magnifiques, sous nos yeux, avec leurs façades faites de petits galets et leurs toits d'ardoise. Elles cèdent peu à peu le pas aux volets rouges et bruns: nous entrons au Pays basque. Saint Jean pied de port, point de ralliement des 3 voies majeures du pèlerinage, se profile à l'horizon.

 

 

Le WALT DISNEY jacquaire

Là nous comprenons immédiatement que nous avons changé de décor. Dès l'entrée dans les fortifications de la ville, tout est organisé autour du pèlerinage : les panneaux d'indications, les magasins de rando et les innombrables auberges, avec rabatteurs à la porte. La saison commence à peine, il faut attirer le chaland pour remplir les dortoirs! Ça y est, les deux brebis que nous sommes ont retrouvé leur troupeau! Il y a des sacs millet et des vestes fluos à tous les coins de rue.

 

Nous passons à l'accueil pèlerin pour le fameux coup de tampon sur la "credantiale". Cinq bénévoles, gèrent un flot ininterrompu de marcheurs de tous les pays et essayent de leur expliquer tant bien que mal les petites subtilités du passage du col.

 

Il y a de tout : des jeunes américaines, des retraités français, des jeunes allemands, et même des coréens qui ont l'air un peu paumés. Ils restent interdits face aux explications du grand moustachu, qui parle un anglais approximatif teinté d'un fort accent méridional. Juste avant nous, un jeune américain, du genre adepte de " l'ultra-trail" explique au bénévole sa conception du pèlerinage: les chemins ne sont certes pas une course, mais bon lui, 20 km par jour, il ne comprend pas, en dessous de 40 ou 50 par jours, lui, il s'ennuierait. "A chacun son chemin" comme dit si bien le dicton!

 

En sortant nous apercevons un petit graphique présentant les statistiques de fréquentation du lieu: il passe 50 000 personne tous les ans, avec des pointes à 12 000 certains mois.

 

Nous sortons avec l'impression d'avoir débarqué sur une autre planète. Ana, la couchsurfeuse qui nous accueille le soir s'en amuse " c'est clair, ici c'est le Walt Disney du pèlerin ". Au milieu de cette capitale du chemin, un petit groupe des jeunes du coin a fait le choix de rester ici et de ne pas céder aux sirènes de la ville, Bayonne. Ici on parle basque et on revendique fièrement l'identité locale. Les pèlerins, on ne les aime pas plus que ça. Dans le bistrot qui fait office de QG, les affiches des prisonniers d'ETA figurent en bonne place sur le comptoir. Nous passerons avec elle et ses amies une très bonne soirée, nous couchant un peu tard. Tout ceci n'est pas très sérieux quand on sait que le lendemain nous passons le col !

 

 

L'esprit du chemin

Le lendemain, ayant entamé notre journée un peu tardivement, nous jouons la voiture balai. La première marcheuse que nous rattrapons est équipée avec un complet guêtres et sur-pantalon, si bien qu'on la croirait partie à l'attaque de l'Everest. Mais nous sommes en avril à 400 m d'altitude et le thermomètre affiche frôle les 25°C. Elle sue sang et eau. Nous échangeons quelques mots. Juste le temps d'apprendre qu'elle est australienne et de l'entendre maudire les hospitaliers qui lui ont conseillé de partir si couverte (on la comprend un peu).

 

Le soir, au refuge nous nous retrouvons dans le même dortoir. Nous découvrons qu'elle se ballade avec une gigantesque valise qu'un taxi lui déplace de gîtes en gîtes. Les sentiers sont devenus tellement organisés, qu'il existe désormais des tour operators du camino et des services de transports de bagages. Avec les divers livres et films qui sont sortis les quinze dernières années, les chemins ont acquis une renommée internationale. D'ailleurs sur les chemins, on ne sait plus trop en quelle langue s'adresser aux innombrables marcheurs que l'on croise quotidiennement :"ola", "bonjour", " hello", "hallo".... Il faut parfois plusieurs tentatives pour trouver un terrain linguistique commun. Bon, il y a toujours traditionnel le "buen camino", pour ceux qui ne veulent pas prendre de risques!

 

Toujours est-il que les chemins n'ont pas toujours ressemblé à cela. Jean Cazenave, un aumônier à la retraite qui nous avait accueilli quelques jours auparavant nous a raconté son expérience du pèlerinage dans les années 70 : le balisage inexistant, les longues journées passées sur l'asphalte, les moments d'incertitudes à s'aventurer par les chemins hasardeux, les barbelés à franchir et les rivières à traverser (ça nous a rappelé quelques souvenirs...). Mais il y avait aussi les rencontres insolites avec les gens du coin. Ces moments inattendus, qui font la richesse des voyages et font oublier tous les désagréments auxquels s'exposent ceux qui s'écartent des sentiers battus. Nous avons le pressentiment que ce que le camino a gagné en confort, il l'a perdu en authenticité...

 

Mais bon, n'allons pas noircir le tableau. Il reste de beaux moments, comme cette soirée que nous avons passé au refuge d'Orisson. Lorsqu'ils ont apprit que nous venions de si loin, ils nous ont offert le couvert.

 

Nous sommes donc partis super-motivés le lendemain matin pour l'ascension finale des Pyrénées. Après trois heures de marche sans difficultés, mis à part quelques névés pas très méchants, nous arrivons au col. Pour nous, c'est l'avant dernière frontière de cette aventure européenne. Nous sommes forcément un peu émus.

 

Devant nous, l'Espagne s'étend en vastes collines baignées de soleil et verdies par les blés jeunes, au milieu desquels le camino ouvre un large sillon blanc. Une file presque ininterrompue de pèlerins, pareille à une procession de fourmis, s'égrène jusqu'à l'horizon. On s'imagine les millions de personnes qui, depuis des siècles, ont empruntés ce même chemin.

 

Je repense alors, amusé, à ce mot de Sylvain Tesson: "un jour les sentiers se vengeront d'avoir été battus".



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Commentaires : 7
  • #1

    Ami Gilbert d'Ahuy (dimanche, 20 avril 2014 17:27)

    C'est bien ce que je vous ai écrit dans un de mes commentaires, on trouve de tout sur les chemins de Compostelle, tout le reflet de la Société, c'est pour cela que j'ai largement préféré mes dernières pérégrinations sur les Caminos au coeur de l'Espagne, comme celui de la Plata et du Mozarabe ( Que j'ai fait en 2006, alors maintenant? ) et surtout le camino de Levante qui part de Valencia ( 2008 et 2009 ) où j'ai été très souvent seul dans des Gîtes ou Auberges de pèlerins. Celui du

  • #2

    Ami Gilbert d'Ahuy (dimanche, 20 avril 2014 17:38)

    Fausse manoeuvre...les publicités deviennent vraiment pénibles! Je disais donc, celui du Puy-en-Velay, n'est plus vraiment un Chemin de Compostelle à faire, il y en a beaucoup qui le font parceque c'est la mode, parcequ'on peut y faire 8 ou 15 jours de randonnées vacances, pour pas très cher! Et il est envahi et investit par de nombreuses Agences de Voyages, ce n'est plus vraiment un Chemin de Compostelle, avec l'esprit du Chemin!
    Bon courage pour la suite, en espérant pour vous un beau ciel bleu comme sur vos photos.
    Gilbert

  • #3

    calot (mercredi, 23 avril 2014 21:07)

    quelle perséverance et quel enthousiasme! je suis votre longue pérégrination ... depuis Tallin . et lis votre journal de voyage avec plaisir.Bon courage à vous deux et belle traversée de la Castille !

  • #4

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