Carnet de voyage #23 – Sur les hauteurs du Languedoc, ça pleut, ça mouille … !

Si nous sommes au repos forcé, notre esprit lui, continue de vagabonder sur les chemins. Aujourd’hui, nous revenons sur les étapes du haut Languedoc, juste avant la blessure de Julia. Un petit air de Hauts de Hurlevent durant ces trois semaines de marche de Montpellier à Toulouse où les Erinyes qu’étaient le vent, la pluie et la neige, sont venues malmener notre avancée.

Les hirondelles de printemps

 

Le Haut Languedoc est un endroit sauvage et superbe. Dans ce parc naturel, on se sent quelque part entre la Méditerranée et les grands plateaux du Massif central. On oscille entre les grands causses, gagnés par la garrigue et le maquis, et les plateaux d’altitude où se succèdent d’infinies forêts de sapins et de chênes verts.

 

Figés dans la torpeur de l’hiver, les villages baignés d’un voile brumeux dégagent une tranquillité austère et un brin de désolation.

 

En ces lieux perchés, coincés dans les montagnes, ce sont les pèlerins de Saint-Jacques qui génèrent aux beaux jours l’essentiel de l’activité touristique. Alors partout où nous passons, c’est la même histoire qui recommence : on nous prend pour les premiers pèlerins de l’année, certains en viendraient presque à nous demander combien nous suivent derrière !

 

Lorsque nous arrivons à Murat sur Vèbre, dans les rayons dégarnis de l’épicerie locale, la commerçante nous accoste d’emblée :

 

- « Vous êtes les premiers pèlerins ! Il y en a d’autres derrière vous ? C’est bien, c’est la saison qui commence ! »

- « Euh…bien je crois que personne ne nous suit…En tout cas nous n’avons croisé personne »

 

Nous essaierons bien d’expliquer que nous ne sommes pas vraiment des pèlerins, en tout cas, sûrement pas un échantillon représentatif…. Et qu’en plein mois de février, il leur faudra vraisemblablement encore attendre un peu avant que les chaussures ne se bousculent dans les points d’alimentation et les boutiques du village.

 

Mais nous comprenons rapidement que cette tentative de clarification est vaine dans ces campagnes qui se languissent des beaux jours : notre statut est bien ancré, nous sommes les premières hirondelles annonciatrices du printemps ! Nous finissons par endosser sans broncher notre nouveau rôle de dignes éclaireurs des armées jacquaires!

 


Un coin de parapluie

Mais marcher en plein hiver en zone de moyenne montagne, ce n’est pas qu’une partie de plaisir.

 

Certes, les sentiers, tapis de mousse, ont en cette saison un charme bucolique inégalable ; certes, il se dégage de cette nature engourdie par le froid une imperturbable quiétude. Pour le reste, nos journées tournent parfois au calvaire. Les pluies sont incessantes et quand le vent s’invite dans la partie, cela devient carrément l’horreur.

 

 

Nos parapluies, seuls remparts fiables sous les averses, ploient et se déforment sous l’effet du blizzard. Julia a développé un sens aigu de l’orientation de son accessoire afin de le garder face au vent en toute circonstance. Elle avance, tel un légionnaire romain sous son bouclier. Toute son attention est dédiée à guetter le moindre changement de direction du vent.

 

La première faute d’inattention serait en effet fatale : la bourrasque s’engouffrerait à rebours sous l’ombrelle pour en fracasser la délicate structure métallique. Ce serait la fin du beau parapluie rouge, chéri, vénéré presque depuis la Slovaquie. Impensable !

 

Quant à Mathieu, s’il a bien fini par céder et se glisser aussi sous un petit coin de parapluie, le sien a vite capitulé ! L’art de maitriser le sens du vent, tout le monde ne l’a pas!

 

Carmen Cru

Lorsque nous abordons un premier col, à 900 m d’altitude, la pluie laisse place à la neige. Pas celle qui tombe sagement et fige la campagne sans faire de bruit, mais celle qui virevolte dans les bourrasques et qui accompagne le vent dans ses hurlements….

 

Au détour d’une route, nous apercevons une bicoque : un café, restaurant, tabac et deux pompes à essence devant la porte. Du trois en un, perdu ici, la providence ! Nous entrons, détrempés. Les lieux sont complètement vides, seule une table pour une personne est dressée. L’intérieur défraichi nous plonge au moins quarante ans en arrière. La tenancière, vieille dame peu amène, est tout à fait raccord dans ce tableau. Serait-on tombé sur une Carmen Cru tenant une sorte d’Auberge Rouge ?

 

Nous lui demandons si nous pouvons boire un café :

 

« Faut pas s’installer à ces tables et puis faut pas rester longtemps, parce que j’ai des réservations pour manger. Ils vont arriver ».

 

Sympa l’accueil ! Et elle repart aussitôt dans son arrière-boutique avant de réapparaitre tout aussi brusquement avec un café soluble tiède et un thé servi dans une minuscule tasse à expresso dans laquelle le sachet lui-même ne tient pas !

 

Finalement, le restaurant qui devait être comble n’aura servi qu’un couvert. Aujourd’hui, on sourit encore en repensant à notre petite Carmen.

 

Ce jour-là, la neige ne s’est pas vraiment calmée, mais il nous a bien fallu repartir. Surtout qu’il ne fallait pas compter sur la vieille pour avoir pitié de nous et nous offrir un coin de son bistrot afin d’y poser nos duvets pour la nuit ! Après avoir passé un nouveau col en avançant péniblement sous la neige, nous nous arrêterons encore prendre refuge dans une grange. Les habitants du coin nous demandent si nous ne nous somme pas perdus. Et c’est vrai qu’à cet instant, nous nous demandons un peu ce que nous faisons ici, en plein mois de février.

 

Heureusement, il y a tous ceux chez qui nous arrivons le soir et qui nous offrent un rayon de réconfort. Au coin d’un feu, un petit verre et un bon repas à partager, les histoires du village. Comme ce soir à la Salvetat sur Agout, où nous avons été accueillis par l’ancien Maire, ou chez un couple d’Anglais venus s’installer à Castres, et toutes ces familles qui nous ont ouvert amicalement leur porte.

 

Le canal du midi, le tapis roulant du marcheur

Après le Haut Languedoc, nous sommes redescendus par le plateau du Lauraguais, puis le Canal du Midi en direction de Toulouse.

 

Ce bout de canal a ses bons et ses mauvais côtés. Le bon côté, c’est qu’une fois dessus, ça avance tout seul et les kilomètres défilent. S’il n’y avait pas eu cette fichue blessure, nous étions bien partis pour devenir des RGV, comprenez « randonneurs à grande vitesse ».

 

Le mauvais côté, c’est que l’on s’y ennuie ferme : des berges, des platanes tous en rang d’oignons, des promeneurs de toutous … seules les écluses brisent un peu cette monotonie. Il faut dire aussi que cette portion du canal jouxte l’autoroute et nous devons composer avec le bruit du trafic.

 

En approchant Toulouse, nous avons trouvé davantage de distractions : le comparatif des péniches ! Elles se succèdent, sur le canal, jusqu’au centre de Toulouse : des rouges, des vertes, des défraichies, des so chic, bref un joli panel qui nous invite à nous imaginer vivre dans chacune d’elle. Une de nos activités favorites, se projeter !

 

Quoi qu’il en soit, le chemin peu escarpé du canal du midi aura permis à Julia d’arriver jusqu’à Toulouse. C’est de la ville rose, que nous redémarrerons dans maintenant une semaine. Le chemin nous appelle, les pieds nous démangent, la détermination est là.

 

 


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Commentaires : 11
  • #1

    Nathalie (Bordeaux) (samedi, 08 mars 2014 19:18)

    toujours une aussi jolie plume, en attendant les pieds fermes...
    je vous embrasse.

  • #2

    Hector (lundi, 10 mars 2014 05:22)

    Allez les amis,
    Au moins vous aurez un peu laissé la rigueur de l'hiver derrière vous!
    Nos pensées vous accompagne.
    Des grosses bises

  • #3

    Nina (lundi, 10 mars 2014 09:12)

    Une seule phrase me vient à l'esprit : "nique sa mère le blizzard"

  • #4

    Elise (mardi, 11 mars 2014 09:50)

    Merci pour ces jolis paysages, ces portraits, et ce rythme ! la dernière phrase ne laisse aucun doute, vous êtes des marcheurs :-) des bises,

  • #5

    daniel.lambert45@orange.fr (mercredi, 12 mars 2014 08:45)

    Bonjour les amis
    Je suis à 100km de Toulouse à Saint-Gaudens, quel parcours allez-vous empruntez car j'aimerais faire un bout de chemin avec vous; Bon courage à vous 2;
    Daniel

  • #6

    Isaie (mercredi, 12 mars 2014 16:40)

    "Une de nos activités favorites, se projeter !"
    Sans blague ?!
    Bisous les amis, quelle plume !
    C'est bon de vous lire.

  • #7

    Emma (ecole de cherveux ) (jeudi, 13 mars 2014 19:21)

    coucou nous nous somme vu toute a leur a l école de cherveux .
    avec ma copine on vous a lus une petite histoire (qui s appellaient la travèrsée de la Slovénie.

    au revoir j èspère que vous aalez me répondre

    bissous et bon courage a Julia
    emma

  • #8

    Korantin (ecole de cherveux) (jeudi, 13 mars 2014 19:45)

    bonjour s'est korantin nous nous sommes vu a l'école bon courage et petite blague : qu'est ce qui est vert qui monte et descend


    un petit pois dans un ascenseur.

    a bientot Korantin

  • #9

    julia GAUBERT (jeudi, 13 mars 2014 20:17)

    @Emma : Merci à vous deux pour nous avoir transposé dans un conte merveilleux où mon parapluie magique permet à Mathieu de me délivrer des griffes d'une chauve-souris! A très bientôt.

  • #10

    Emma (ecole de cherveux ) (dimanche, 16 mars 2014 11:25)

    bonjour et merci de m avoir répondut
    merci pour avoir écouté notre histoire
    j èspère que vous aller repartir
    gros bissous on vous encourage
    emma

  • #11

    Ami Gilbert d'Ahuy (jeudi, 20 mars 2014 19:44)

    Je vois que vous êtes aussi adepte du parapluie, mais, je ne voudrais pas dire, le mien est beaucoup plus grand et j'y ai dessiné 4 coquilles St-Jacques! ( J'ai fait un article sur mon blog à ce sujet pour ces multiples utilisations ).
    En faisant le Chemin d'Arles en 2004, j'ai beaucoup aimé le haut Languedoc, St-Guilhem-le-Désert, Lodève, Murat sur Vèbre, Aire-sur-Adour etc...cette belle Région mérite vraiment le détour pour quelques jours de vacances...
    Bises de l'ami Gilbert
    www.stjacquespassion.com

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