Carnets de voyage (pas !) #22 - Cassée

 

Près de 5000 km sans pépin physique, nous n’y croyions pas tellement c’était beau ! En effet, c’était trop beau…. Julia s’est fracturé le pied et nous devons mettre « les petits pas » entre parenthèse, le temps pour elle de se rétablir. Mais nous reprendrons notre chemin, vaille que vaille à la mi-mars…

 

Cassée

C’est dans les montagnes du haut Languedoc que les premiers maux sont apparus. Un pied qui flanche, un peu. Je ne veux rien voir, rien ressentir, juste marcher. Mathieu n’en saura rien. Et puis « c’est un mal de rien du tout qui demain ne sera plus ». Voilà ce qui, au début, trottait dans ma tête.

 

A Dourgne, quelques jours avant Toulouse, je finis par partager cette tracasserie et nous décidons de consulter. En deux touchers et trois palapations, le médecin me diagnostique une petite tendinite. Je peux, selon lui, continuer dès le lendemain avec quelques anti-inflammatoires dans le sac. Tout cela arrange bien mes affaires. Je souffle et souris de nouveau.

 

Je claudique attendant patiemment que l’inflammation se fasse la malle. Heureusement je peux m’appuyer sur un bâton, heureusement nous passons deux jours sur les berges du canal de midi où le dénivelé nul facilite mon avancée.

 

Ouf Toulouse ! Nous prenons nos quartiers deux jours chez des amis de longues dates : Noémie, Julien et le petit Marius.

 

J’ai bel et bien mal. Je commence à paniquer. Dans deux jours nous devons repartir. Je veux repartir, marcher, grimper, courir, glisser, chanter, pleurer (oui c’est arrivé !), danser sur les chemins.

 

Précédents

Jusque là, nous avons fait face contre les éléments, les infections, les petites baisses de régime. Le chemin nous l’avons quitté, même maudit mais nous savions toujours qu’il n’était pas très loin, que la communion reprendrait vite, très vite.

 

Comme cette fois où nous avons passé deux semaines dans les Carpates slovaques, en totale autonomie, alors que Mathieu souffrait d’une infection urinaire aigüe accompagnée d’une grosse fièvre. Toutes ces fois, bien trop nombreuses, où je marche avec une migraine qui persiste des jours durant, gavée de codéine. Ce n’est pas grave, car si ma tête tambourine, mes jambes continuent de me porter.

 

Cette autre fois où nous avons traversé les Alpes, raquettes aux pieds, et que les flancs enneigés des montagnes et les arêtes écorchées nous ont bien rappelés que nous étions peut être de bons randonneurs, mais pas encore des alpinistes. Ou encore, ces trois dernières semaines de marche où nous avons essuyé de grosses averses et tempêtes de neige, faisant de nos corps et de nos affaires de vraies serviettes éponge.

 

A tout ca, on peut s’y préparer. Mentalement j’entends. C’est d’ailleurs un exercice auquel je me suis prêtée avec plaisir durant les derniers mois de rédaction de ma thèse: dormir dehors, marcher mouillé, manger pas grand chose, parler anglais, voir constamment la jolie bouille de Mathieu, en avoir marre tout simplement... L’aventure quoi ! En même temps c’est vrai que tout ça  était bien plus exaltant que l’article 22 du règlement n° 1408/71 de coordination des régimes de sécurité sociale. Vade retro.

 

Bref, tout ca pour vous dire que l’esprit se façonne, se conditionne mais le corps, lui, se fiche de notre volonté.

 

 

 

Tout s’est joué à Toulouse.

Suspicieuse, je consulte à nouveau. Une brochette de spécialistes s'est penchée sur mon pied : un généraliste, un médecin du sport, un ostéopathe, un podologue, un radiologue. Après des avis contraires, ce sont les images qui parlent. Et là, FRACADABOOOUMMMM : j’ai une fracture de fatigue. La fracture de fatigue, c’est une micro fissure de l’os, qui cède sous un effort trop intense. Blessure redoutée des coureurs, c’est plus largement la hantise des sportifs de haut niveau. C’est d’ailleurs là la seule bonne surprise de ces derniers jours : il parait que je serais devenue une sportive de haut niveau ! Le premier qui rit…

 

Experts et moins experts, me mettent en garde : 15 jours d’arrêts seront insuffisants. Il faut plus de temps…je bouche mes oreilles…

 

Après de longues tergiversations souvent stériles et surtout ridicules (« non, je veux pas m’arrêter, je te suivrai à cloche pied, si je t’assure c’est possible », « Julia, peut être, mais à ce rythme là c’est dans trois ans qu’on arrivera à Lisbonne et après le pied gauche, c’est le droit qui va céder », « je m’en fous, je te suivrai en rampant s’il le faut !»), je me rends à l’évidence : la pause s’impose.

 

Nous avons décidé de nous arrêter un mois, quatre longues semaines où des cannes seront mes jambes. Après la sentence, il faut trouver de nouvelles marques, troquer les chaussures de rando contre des pantoufles et penser, sans cesse, « que ce qui ne tue pas rend plus fort ».

 

 

Mais ce n’est que partie remise, nous reprendrons la route là où nous l’avons laissée et nous arriverons à Lisbonne. Le nouveau départ est prévu pour le 15 mars, avec des pieds, nous l’espèrons, tout neufs.

 

 


Écrire commentaire

Commentaires : 15
  • #1

    Nathalie (Bx) (mardi, 25 février 2014 09:03)

    Du calcium, de la vitamine D.... mais surtout, des massages avec une huile essentielle aux vertus "éternelles" qui s'appelle "Helichryse"...
    Voici les conseils (avisés ?, dans tous les cas encourageants) d'une accompagnante fidèle des petits pas depuis le début....
    bon repos à vous deux, Je vous embrasse
    Nathalie

  • #2

    Ami Gilbert d'Ahuy (mardi, 25 février 2014 09:22)

    Désolé pour l'ami Julia et pour la suite de votre aventure, mais il y aura une suite j'en suis sûr, même s'il vous faut attendre début Avril, ce qui sera peut-être bien mieux pour la traversée des Pyrénées...
    Nous sommes tous les même, nous les grands marcheurs à pied, nous croyons jusqu'au bout à notre invincibilité, cela m'est arrivé en Mai 2001, avec une bonne tentinite au pied gauche, j'ai marché près de 200 bornes pour capituler juste avant Pau ( Arzaq-Arrazibet ). Puis j'ai mis 2 autres années pour apprendre à marcher sur de longues distances, c'est à dire le plus droit possible et diminution de l'allonge, les pieds bien à plats! La sagesse ça s'apprend. Bon courage à l'amie Julia, et qu'elle se soigne le plus sérieusement possible.
    Amitiés à vous deux,
    L'ami Gilbert d'Ahuy.

  • #3

    Brunoy (mardi, 25 février 2014 13:01)

    Terrible nouvelle, j'espère que vous tenez le coup mentalement, en attendant que le physique revienne.
    Bien la bise à vous deux et bon courage.

  • #4

    Elise (mardi, 25 février 2014 13:19)

    "la pause s'impose" voilà la formule magique pour un prompt rétablissement, courage miss Julia :-)

  • #5

    Morgane (mardi, 25 février 2014 17:06)

    Je suis si désolée que mon médecin ne t'ai pas dit stop avant. Il va m'entendre! De tout coeur avec vous.

  • #6

    GAUBERT Yves (mardi, 25 février 2014 18:52)

    Il a fallu que ma fille perde pied pour que je découvre ses talents stylistiques. Quelle verve ! ça change en effet de la prose thésarde. Il faut faire son miel de toute expérience. Et puis une convalescence en Ré, c'est presque un bonus. Il suffira ensuite de repasser le pont pour reprendre la route. Que Mars soit avec vous !

  • #7

    Clement (mardi, 25 février 2014 19:04)

    Prendre le temps, ne pas avoir tout tout de suite. Attendre.
    Et l'invisible raison du corps et des éléments c'est aussi la beauté magique du monde avant notre modernité désenchantée.
    Oulà, je vire mystique, mais je vous en souhaite un peu quand même (de mysticisme) pour la fin de votre 'journey'.
    Bises

  • #8

    Parlà (mardi, 25 février 2014 19:37)

    Bon courage a toi! Et bonne continuation ensuite!
    Ca peut avoir du bon la pause... ça ne fait que repousser la fin de l'aventure!
    Une crème sympas qui marche sur beaucoup de choses (musculaire et autre), au cas ou vous ne la connaissiez pas, c'est le baume du tigre! J'ai du faire beaucoup de sport sur une courte période et cette crème m'a sauvé la vie!

    voyageusement!

  • #9

    Pauline (mardi, 25 février 2014 20:11)

    Quel dommage sœurette ! Au moment ou je programmais enfin de te rejoindre... Mais je ne doute pas que cette épreuve te rendra plus forte et qu'une fois rétablie, vous avalerez les kilomètres avec toujours plus de soif! Peut être serai je des vôtres pour conclure l'aventure à Lisbonne...

  • #10

    Olivia (mardi, 25 février 2014 20:23)

    Chers Vous deux,

    Effectivement la volonté est une qualité importante et vous en avez tous les deux ... votre aventure en est une belle preuve mais pour reprendre vos mots " l’esprit se façonne, se conditionne mais le corps, lui, se fiche de notre volonté."
    Il faut donc écouter son corps ...
    ... Que cette petite pause te permette de te rétablir comme il faut ...

    Je vous embrasse.

  • #11

    euzen marie-odile (mardi, 25 février 2014 23:08)

    pas de bol mais beaucoup de courage ! bonne décision 1 mois de repos. profitez de ce moment à deux plus tranquille que d'habitude ! bon rétablissement, on attends vite des news !

  • #12

    Noémie (mercredi, 26 février 2014 22:43)

    Pensi a vosautres aqueste ser e me disi qu'urosament que lo drama se passa en França ! La presa en carga foguèt mai simpla ! La pauseta vos permet tanben de prene de fòrças. Vos esperam dins encara 3 setmanas per festejar vostra partença per Lisbona ! Vos fau de potons grands, coratge ambe las canas !
    Noemia

  • #13

    Hélène et Francis (jeudi, 27 février 2014 10:10)

    Nous sommes vraiment désolés pour toi Julia .....c est la montée sur Murat sous la neige qui a du avoir raison de ton pied. Laisse le au repos il consolidera plus vite. L île de ré à cette saison est calme ce sera agréable pour vos vacances forcées les touristes ne vous gêneront pas trop. A bientôt et bon courage. Grace à cet imprévu votre périple durera plus longtemps et vous passerez les Pyrénées au printemps . Nous attendrons la suite avec impatience .bises à tous les deux.

  • #14

    Mijo (jeudi, 27 février 2014 17:30)

    Comme je comprends ta déception, Julia. Mais ..... il reste encore du chemin : formidable non ?
    Ce qui est le + à goûter, à savourer ce n'est pas tant le but vers lequel on tend, l'arrivée qui laisse un petit goût bizarre d'étrangeté, peut être quelque chose d'un peu fade ! mais c'est "le chemin", le pas à pas avec son lot de rencontres, de difficultés et de beauté mais ça tu le sais ! Tu fais une sacrée expérience de sagesse, de connaissance de ton corps. Pourquoi ne pas le mercier de t'avoir portée, suivie et bien écoutée jusque là et du coup le cajoler un peu pour qu'il continue ! Tu vas avoir le temps de lire plein de choses sur la suite de la route, et pourquoi pas marcher dans ta tête avec des récits d' expédition d'autres aventuriers ! et puis tu vas peaufiner un nouveau départ ! repartir + forte de toute cette expérience. Bises d'encouragement !

  • #15

    Le Pigeon Voyageur (vendredi, 28 février 2014 08:27)

    Aie pas de chance !
    En voiture ou a vélo cela arrive aussi de crever. Mais bon, on change de chambre à air ou de pneu.
    A pied, la perte d'un pied se gère difficilement : pas d'organe de remplacement.
    Quoi que ? Et sur les mains, tu as pensé à finir sur les mains ?
    Bon rétablissement et surtout patience.

OTHER LANGUAGES

...ON AVANCE !

 

 

Depuis notre départ, nous avons marché