Carnet de voyage #18 : Cap bojador

 

Serions-nous égarés au large de l'Afrique? Le froid nous a-t'il gelé les neurones? Non, si le titre de ce nouveau carnet de voyage a des parfums d'exotisme, c'est par pur goût de la métaphore...

Bojador, le cap de la peur*

Bojador est en effet un petit cap au large du Maroc. Si l'histoire a retenu son nom et si l'on vous en parle aujourd'hui, c'est parce que cet endroit a été longtemps considéré par l'Europe entière comme le "bout du monde".

 

C'était à l'époque où les portugais s'étaient lancés dans la grande exploration des océans, à la recherche d'un passage marin permettant d'ouvrir la route des Indes. Mais leur route s'était arrêtée ici, après qu'une expédition, celle des frères Vivaldi y eût disparu en 1291. Dès lors, la croyance commune voulût qu'au delà de ce cap la mer se transformât en gouffres et que les vaisseaux y fussent avalés par d'horribles monstres à trois têtes!

 

Mis à part un changement de paysage peu rassurant marquant l'entrée dans l'espace saharien, le cap Bojador ne présentait pourtant aucune difficulté majeure de navigation. Ainsi pendant près d'un siècle, alors que leurs moyens techniques auraient déjà largement permis d'atteindre le cap de bonne espérance, la grande entreprise s'est trouvée bloquée du fait d'une simple superstition.

 

Au final, c'est le navigateur Gil Eanes qui, en 1434, osa braver la légende et devint un héros, pour l’un des plus simples voyages de l’histoire, ouvrant la voie à la découverte des côtes africaines et à l’accès aux Indes.

 

La morale de l'histoire: dans les aventures humaines, il n'y a pas que des défis techniques et logistiques, mais aussi des barrières psychologiques qu'il faut parfois dépasser. Et ce ne sont pas forcément celles-ci qui sont les moindres!

 

Pour l'ironie de l'histoire, notre GPS Garmin a récemment connu un petit bug avec le froid et s'obstina pendant quelques jours à nous localiser au large du Sahara occidental, pas très loin du cap bojador!

 

 

Préparation des hostilités

Alors voilà, nous aussi, nous en sommes arrivés d'une certaine manière à notre cap bojador. Nous n'avons certes pas devant nous de mers de ténèbres, mais des pics gelés qui se dressant à l'horizon après 800 km a écumer la plaine du Pô.

 

Nous sommes désormais au pied des Alpes, à Cuneo, cernés par ces pics poudrés de sucre glace, pareils à ceux que l'on retrouve sur les bouteilles d'eau minérale. C'est une sacrée émotion de voir apparaitre a l'horizon ces géants de roc aux arrêtes saillantes.

Sauf que l'image est bien moins rassurante lorsque l'on dit qu'il va falloir traverser à pied!

 

Jusqu'à maintenant nous avions préféré ne pas trop penser à cette partie du voyage, nous qui ne sommes pas des montagnards et encore moins des alpinistes chevronnés. Mais cette perspective nous revenait quand même toujours dans un coin de l'esprit, comme un petit caillou dans la chaussure!

 

Nous avions forcément mille et une questions à l'esprit: Où va ton dormir? Les sentiers seront-ils praticables? Serons-nous ensevelis par les tempêtes de neige? Nous faudra t'il des raquettes? Des crampons? ..

 

Bref nous y voila désormais ! Nous avons préparé l'événement au mieux. Le centre alpin de Nice nous a gentiment aidé à préparer notre itinéraire. Nous passerons par le Col de tende via l'ancienne voie qu'empruntaient les muletiers il y a de ça 200 ans, puis nous redescendront vers Nice par la vallée des merveilles.

 

Nous nous sommes organisés pour louer les raquettes, crampons et bâtons qui nous serons nécessaires pour gravir les cimes enneigées.

 

La météo est au beau fixe, et puis nous venons de changer nos chaussures. C'est un événement d'importance! Nos godillots étaient épuisés, troués de toute part pour trop avoir sillonné les chemins. Bref, tous les voyants sont au vert ! Nous sommes frais pour la grande ascension et ultra-motivés par une réjouissante perspective: de l'autre côté de la montagne, c'est la France que nous retrouverons après 7 mois de vagabondage.

 

 

* Nous en profitons pour passer le bonjour à l'ami Brunoy qui nous a raconté cette charmante histoire, quelques temps avant sa déportation pour les goulags de l'éducation nationale.

 

  


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Commentaires : 9
  • #1

    Nathalie (Bordeaux) (lundi, 16 décembre 2013 10:39)

    Va pour le chemin des muletiers... évidemment, cela sera loin du chemin de l'ane culotte ...
    vos nouvelles chaussures font elles chasse neige ?
    je vous embrasse de tt Coeur et attend de vos nouvelles

  • #2

    Sarah (lundi, 16 décembre 2013 15:13)

    Encore un bien joli article que voilà! ;-)
    Vivement que vous nous contiez vos péripéties alpines!
    Bonne route!

  • #3

    Gallien (lundi, 16 décembre 2013 20:31)

    Belle traversée alpine que vous allez nous faire là. Franchement respect ! Hâte de lire votre récit.

  • #4

    céline (mercredi, 18 décembre 2013 13:17)

    bon courage pour cette traversée et hâte de vous voir lors de votre escale montpellieraine.
    gros bisous à tous les 2

  • #5

    Elise (mercredi, 18 décembre 2013 16:09)

    des monstres marins jusqu'aux crêtes scintillantes, quel ravissement :-) plein de bises pour les prochaines foulées enneigées !

  • #6

    Sabourin (vendredi, 20 décembre 2013 21:09)

    Savez vous comment construire un igloo? Vu la quantité de neige ça pourrait être utile!
    Bon courage. Bises de nous deux.
    Claude et Françoise

  • #7

    Korantin (samedi, 21 décembre 2013 09:52)

    Comment faites-vous pour marcher aussi vite ?? Je vous souhaite bon courage et à bientôt

  • #8

    Europedespetitspas (jeudi, 26 décembre 2013 15:00)

    @Korantin : nous n'avons pas l'impression de marcher vite! il faut croire que le froid et la perspective de Noel nous ont donné des ailes :)

  • #9

    Ami Gilbert d'Ahuy (mardi, 11 février 2014 19:23)

    Je ne connaissais pas ce Cap de Bojador et je le découvre, ainsi que son histoire.
    En effet, dans toutes les grandes aventures humaines, c'est ce défi permanent
    de toujours se surpasser et de dominer sa peur, comme de bivouaquer seul
    au fin fond d'une sierra...
    Gilbert

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