Carnet de voyage #14 - De l'autre côté du mur....

 

Ça y est, après quatre mois et des brouettes, 2 500 km, quelques paires de chaussures et de chaussettes, nous sommes sortis de l'Europe de l'Est. C'est l'occasion de faire le point sur une question perfide que l'on se pose par chez nous: alors, est-ce bien encore l'Europe tout là-bas, à l'est?

 

Aux frontières de l'Europe

Au final, nous n'en connaissions nous même pas grand chose avant de partir. Vu de l'hexagone, on a parfois tendance à considérer ces États comme la périphérie d'une Europe dont l'ouest serait le centre. Ils nous apparaissent souvent tout au plus comme des sattelites soviétiques raccrochés au forceps à une Union en perpétuel élargissement.

 

Il y a bien sur un peu de vrai dans cette idée, qui a par ailleurs l'avantage de nous être agréable à nous français, qui sommes rarement les derniers lorsqu'il s'agit de nous placer au nombril du monde!

 

Mais assurément, ce voyage a changé notre perception des choses. Car l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie ou la Pologne ont également l'Europe ancrée au plus profond de leur ADN. La Pologne par exemple, a fait royaume commun avec la Slovaquie puis la Lituanie, elle a régulièrement guerroyé avec les Prussiens et les Hongrois, elle a été partiellement envahie par les Suédois au XVIIème siècle, puis les français au XIXeme, les allemands en 1939 et enfin les Russses. Avec tout cela, elle peut témoigner de ce qu'est le mélange des influences!

 

Là bas aussi, c'est donc bel et bien l'Europe et c'est même là qu'elle trouve "son âme" selon l'écrivain-voyageur italien Paolo Rumiz qui a parcouru près de 6 000 km aux confins du vieux continent, racontés dans un le très bon ouvrage, " les frontières de l'Europe".

 

 

Rideau de verre contre rideau de fer

Du reste, le voyage à l'est demeure un dépaysement. Nous avons vu le spectacle désolant des anciennes fermes collectives soviétiques en ruines dans les États Baltes. Devant les rayons dégarnis des magasins de l'est de la Pologne, nous avons eu parfois le mal du Pays.

 

En Slovaquie, nous avons voyagé dans le temps lorsque nous traversions certaines cités industrielles, telles que Partizanske. Dans les faubourgs grisâtres et leurs petites maisons decrépies, on entend à chaque coin de rue des hauts parleurs crachottant en continu des nouvelles à la population, qui se répandent dans un écho confus et plongent la ville dans une atmosphère orwellienne.

 

Nous avons par ailleurs été hébergés chez des étudiants qui partagent leurs chambres à deux ou trois, et ne louent en fait qu'un lit dans la pièce, pour environ 80 euros par mois.

 

Si ces pays ont aussi leur lieux chics, leurs petits coins de paradis et leurs monuments grandioses, la vie n'est généralement pas facile de ce coté-ci du continent. Les salaires moyens dépassent rarement les 500 euros et la vie reste chère.

La frustration se ressent de manière grandissante à mesure que l'on se rapproche de l'ouest. Entre l'Autriche et la Hongrie, nous avons marché près de deux semaines le long de l'ancien rideau de fer sans en croiser le moindre signe.

La frontière est devenue invisible, mais de part et d'autre de la frontière les disparités de niveaux de vie demeurent criantes: le rideau de fer est devenu rideau de verre.

 

 

Bruxelles vu de l'est

En dépit des différences de niveau de vie, le regard communément porté sur le projet et la politique européenne n'est pas très différent : on salue l'ouverture des frontières, on apprécie globalement les bénéfices du marché commun, la technocratie bruxelloise est abhorrée un peu partout lorsqu'elle s'attaque aux productions et terroirs locaux (et oui le foie gras et les fromages au lait cru ne sont pas ses seules cibles!).

 

Ce qui change un peu par rapport à l'ouest, c'est qu'on remercie ici souvent l'Union de faire bouclier contre les dérives et les déviances des potentats locaux ou nationaux. Sa capacité à s'opposer à certaines initiatives liberticides, certains projets ayant un impact sur l'environnement (un projet d'autoroute pas très loin des Carpates), à lutter contre la corruption sont ici appréciés. Certains nous ont même avoué qu'ils préfèreraient nettement voir les clés de leurs finances nationales confiées à Bruxelles, qui en ferait selon eux bien meilleur usage que leurs dignes représentants nationaux...

 

Mais comme en France, l'Europe est repoussée des qu'elle est vécue comme une atteinte a la souveraineté nationale (surtout dans les Pays baltes qui sont soucieux plus que tout de leur récente et fragile indépendance) et on craint l'Euro, dont la réputation à renchérir le coût de la vie dépasse les frontières.

 

Voyez, finalement, tout cela est-il si différent ?

 

 

 


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Commentaires : 7
  • #1

    Romain (mercredi, 16 octobre 2013 12:56)

    Je suis régulièrement votre aventure pédestre. Continuez d'avancer et de nous faire découvrir cette Europe que peu de personnes visitent malheureusement.

    J'ai également la chance de visiter certains des pays de l'Europe centrale et des Balkans il y a quelques années et effectivement je trouve que le côté soviétique que tout le monde imagine est parfois très présent dans certaines villes.

    Néanmoins, comme vous le dites, l'Europe a ses bons et ses mauvais côtés (notamment la peur de l'Euro).

    Bonne route à vous et j'attends avec hâte les prochains articles

  • #2

    Mélissa Sandra Thierry (mercredi, 16 octobre 2013 19:10)

    Bonjour
    maintenant que vous êtes arrivés en Slovenie, si votre chemin vous le permet, nous vous conseillons d 'aller voir:
    - la grotte de Postojna
    - le lac de Bohinj
    - le haras de Lipica
    - le lac de Bled
    - la ville de Piran
    ....
    Bonne route et à bientôt

  • #3

    Cécile (jeudi, 17 octobre 2013 15:39)

    "Le mur de verre"...excellent ! bonne route les deux, ici l'été ne finit pas malgrès le changement des vitrines des magasins d'habillement, nous voyons toujours passer des robes dos nus devant la cremerie, comme si l'automne venu et nous nous rendons à peine compte qu'il y a quelque jours nous mangions le dernier melon...
    A très vite

  • #4

    Nathalie (bordeaux) (samedi, 19 octobre 2013 18:42)

    merci pour ce nouveau message d'humanité....

  • #5

    Isaie (lundi, 21 octobre 2013 10:02)

    Vous méritez d'être cités dans mon travail !
    Vous ne voudriez pas écrire un chapitre de ma thèse !?
    Des bisous de Chataigne et du reste de la famille de l'île de Majorque.

  • #6

    Elise (lundi, 21 octobre 2013 19:15)

    Rideau de verre et Rideau de fer, ça nous offre une superbe illustration et de quoi penser sur tout ça... !
    bises de Bxl :-)

  • #7

    Ami Gilbert d'Ahuy (mercredi, 19 février 2014 19:04)

    Et ben! Vous n'êtes pas loin d'avoir fait le double aujourd'hui, depuis cet article, et comme ça doit être enrichissant de passer d'une frontière à l'autre, à petits pas, l'un devant l'autre, par plusieurs centaines de milliers de petits pas, le long d'interminables chemins...
    Gilbert

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