Carnet de voyage #12 - Dans les Carpates, les petits pas dans les nuages...

 

Après plus de 1 500 km à arpenter la monotonie des plaines, nous avons accueilli les premières plissures de l'horizon avec enthousiasme: la vue des Carpates nous change de paysage et rend d'un coup concret tout ce chemin parcouru depuis l'Estonie.

Au voisinage des colosses

Ces géants ont quelque chose d'un peu inquiétant, on se demande si l'on en viendra à bout, tant ils s'apparentent à leur pied à une barriere infranchissable. Mais nous nous emplissons d'ardeur avec la conviction que quelques semaines après nous les regarderons de l'autre coté, avec fierté et une indiscible satisfaction. Car aucun paysage, aucun relief ne résiste à la lenteur obstinée du marcheur. C'est l'une des magies simple et merveilleuse de ce voyage au long cours.

 

De Gaulle amait dire: "prenons de la hauteur, il y a moins de monde..." Nous avons pris l'adage au pied de la lettre et pris la route des sommets, mais il ne s'est guère vérifié. Les Tatras, principal massif des Carpates sont un des lieux les plus touristiques de Pologne et de Slovaquie. Des dizaines de marcheurs nous accompagnent sur les larges sentiers montant aux refuges d'altitude.

 

 

Ambiance dans les refuges

Ces refuges polonais et slovaques sont grands et très organisés (ils sont d'ailleurs tous renovés à grands renforts de crédits européens). Ce qui surprend en revanche, c'est la décontraction joviale et frôlant l'inconscience des marcheurs d'ici. On est bien loin du coté un peu expedition commando des montagnards des Pyrénées ou des Alpes. Ici, il est d'usage de se réveiller tardivement et d'arriver au refuge jusqu'à la nuit tombée. On veille aussi un peu tard et on aime bien boire quelques coups après une bonne journée d'effort.

 

A l'heure de l'extinction des feux, on nous invite "venez il y a des guitares en bas, on va chanter "et nous nous retrouvons dans une cave du refuge. Des marcheurs qui n'avaient plus de place essaient de dormir juste à côté. A l'interieur, une bande de soixantenaires bien éméchés entonnent leur répertoire de chansons polonaises accompagnés de 3 guitares. Tout le monde, jeunes et moins jeunes entonnent joyeusement des hymnes à la nature et quelques chansons grivoises. La vodka coule à flot.

 

Couchés avec les fêtards, nous nous réveillons avec les lève-tôts pour une grande journée d'ascension qui nous mènera sur les sommets des Tatras occidentales puis à redescendre vers la Slovaquie.

 

Le tutoiement des grands sommets est toujours un moment exhaltant. Le souffle court, les cheveux battus par le vent, on avance sur les sentiers de crête comme ennivrés par l'immensité des paysages.

 

Nous redescendons par plusieurs lacs d'altitude, qui nous offrent une pause ensoleillée (une chaleur surprenante car le jour d'avant il pleuvait des hallebardes et le mercure frôlait les 0°C). Puis nous poursuivons par les chemins en longeant les torrents. Nous trainons un peu dans la descente à glaner les myrtilles et les framboises sauvages qui de partout bordent les sentiers.

 

C'est notre premier contact, des plus agréables avec la Slovaquie après près de deux mois passés en Pologne.

En Slovaquie, les terres sauvages

Traverser, une chaine de montagne, même dans sa largeur, cela reste une epreuve. Cela nous prendra près de trois semaines pour traverser trois massifs differents: les Beskides, les Tatras occidentales et les vel'ka Fatras. Monter pour redescendre, descendre pour remonter, cela finit par faire enrager Julia, qui eut bien voulu qu'on les rabotât un peu ces montages.

 

L'expérience est en effet un peu cruelle pour elle : passer sa soirée d'anniversaire des 30 ans à manger des pâtes lyophilisées, on peut rêver mieux!

 

Nous nous trouvons en effet à traverser le Parc naturel des Vel'ka fatras: 5 journées de marcher dans une solitude absolue, aucun village a l'horizon, pas une bâtisse à part quelques cabanes pastorales et une poignée de refuges. A regarder les étendues d'herbes séchées on se croirait dans le Cantal, les immenses formations karstiques font penser à la Provence.

 

Sur le vieux continent, si peuplé de partout, il reste quelques terres sauvages, sur lequelles l'empreinte de l'homme a su rester discrète.

 

 



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Commentaires : 7
  • #1

    Elise (dimanche, 15 septembre 2013 08:19)

    style littéraire au sommet :-) et ça fait super plaisir de faire connaissance avec Beskides, Tatras et vel'ka Fatras !!!

  • #2

    Nathalie (Bordeaux) (lundi, 16 septembre 2013 09:46)

    C'est demain les 2000 km ?
    bises à vous deux

  • #3

    Ecole de Cherveux 1er groupe (lundi, 16 septembre 2013 15:28)

    Bonjour Julia et Mathieu,
    Notre rentrée s'est bien passée. Au revoir les vacances. Nous avons la chair de poule pour Julia... Pourvu que le Conte Dracula ne la rencontre pas dans les Carpates. Nous comptons sur Mathieu pour la protéger. Si Mathieu a besoin d'aide, nous sommes là. En quelques secondes nous volons à votre secours par internet.
    Bon courage et bonne route dans les montagnes.
    PS: 999 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 de bisous à Julia pour ses 30 ans.
    Le groupe B (24 élèves de CM1/CM2 de l'école de CHERVEUX dans les Deux-Sèvres)

  • #4

    Jan ( Slovakia ) (mercredi, 18 septembre 2013 21:09)

    Hi, we met at Maline Brdo in Velka Fatra Slovakia. I pushed my bike all the way up there, and we chatted a bit / my favorite place to have breakfast - can you remember?/ . I hope you are OK and that you do not freeze. Stay safe. I hold my fingers crossed. I wish you all the best. Jan, Ruzomberok, SVK

  • #5

    Claude et Fanfan (mercredi, 18 septembre 2013 22:49)

    A un cheveux des 2000 km, ça commence à faire! Nous quand on a fait 10 km on est vachement contents.
    Bon anniversaire à Julia, avec un peu de retard.
    Tout le monde vous embrasse.

  • #6

    Isaie (mardi, 24 septembre 2013 15:06)

    Merci pour l'imparfait du subjonctif :) c'est comme un petit cadeau pour moi.
    Bravo à vous !
    Bisous de toute la famille chat.

  • #7

    Ami Gilbert d'Ahuy (mercredi, 19 février 2014 18:35)

    C'est curieux, la 3 ème photo où il y a un passage difficile, me rappelle la Dent d'Oche en Haute Savoie, qui surplombe le Lac Léman, Evian et Thonon-les-Bains. Cela me ramène à mes 18 ans, lors d'une petite rando en montagne, et où il y avait un passage identique, il ne faut pas être sujet aux vertiges! J'invite les jeunes à randonner en montagne, cela reste toujours, les plus beaux souvenirs de jeunesse...il n'y a rien de plus beau que de dominer un paysage et de vivre de merveilleuses soirées dans les gîtes entre amis.
    Gilbert

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