Carnet de voyage #8 - Varsovie et au delà

 

La suite de nos pérégrinations dans les terres du milieu, entre les bouillonnements de Varsovie et la monotonie des grandes plaines du centre du pays.

 

Varsovie, capitale Phoenix

Une fois remis de nos (més)aventures nocturnes sous notre tipi pittoresque qui prenait l'eau, nous avons parcouru sans avaries les derniers kilomètres nous séparant de Varsovie, bien aidés par quelques accueils très chaleureux en couchsurfing, chez Malwina puis chez Ela. L'entrée dans la ville et son agitation est un étourdissement, après trois semaines à l'air paisible de la campagne. Nous nous retrouvons un peu patauds et désorientés dans le fourmillement citadin.

 

Ces quelques jours de repos dans la capitale nous permettent de comprendre un peu mieux l'âme de cette ville et de ce peuple, ballotés par les vicissitudes de la grande histoire européenne.

 

Car Varsovie est un phœnix, qui parvînt à renaître de ses cendres après sa destruction méthodique par les allemands dans les dernières convulsions de la seconde guerre mondiale. Le peuple de la capitale s'était soulevé en 1944, anticipant l'arrivée de l'armée rouge. Nous avons visité avec grand intérêt ce musée de l'insurrection, qui retrace de manière passionnante cet épisode sanglant. Hitler entendit faire de la répression de ce soulèvement un exemple, un signal aux éventuelles velléités insurrectionnelles des autres grandes villes occupées par les nazis. Il ordonna la destruction complète de la ville et l'exécution de tous ses habitants, sans aucune distinction. Résultat : une ville détruite à 85% et presque entièrement vidée de sa population.

 

 

Dans cette affaire, les polonais se sont retrouvés massacrés par les allemands, trahis par Staline, qui laissa écraser par calcul politique la rébellion qu'il avait contribué à initier, et abandonnés en rase campagne par les forces alliées. De là, un certain ressentiment, palpable jusque dans les voix policées des guides du musée. Du reste, on ressent toujours en Pologne une chaleureuse ambiance de voisinage: un de nos hôte nous racontait que son grand père lui demandait avec insistance de bien apprendre l'Allemand et le Russe car parce il est primordial, disait-il, "de bien connaître ses ennemis". ...

 

Depuis, le centre historique a été reconstruit de toutes pièces et à l'identique, avec un réalisme surprenant. Les cartes postales "avant/après" témoignant du contraste entre ces répliques flambantes et les monceaux de décombres qu'elles étaient au sortir de la guerre font les beaux jours des marchands de souvenirs.

 

Seul le ghetto juif de Varsovie a entièrement disparu, presque entièrement englouti par un immense et rutilant quartier d'affaires. Nous avons retrouvé au fil des ballades quelques immeubles d'origine et quelques cours anonymes, laissées en état de jachère et qui ont conservé cette atmosphère étrange, digne du film "le pianiste".

 

 

Monotonie de la plaine

 

Nous avons repris notre route vers le sud. Après environ 1500 km parcourus, le profil altimétrique de nos étapes ne décolle toujours pas de l'encéphalogramme plat. La monotonie de ces paysages sans relief finit par être plus usante pour le moral que les pentes ardues pour les jambes. Les forêt succèdent aux vergers, aux vergers les près à herbages, aux près à herbages les champs de blés, désormais coupés et qui ont cessé d'inonder d'or les paysages du couchant. Le voyage a ses instants sublimes et inoubliables, mais aussi ses heures anonymes et monotones.

 

Nous traversons les hameaux, innombrables et semblables, plongés dans la léthargie des chaleurs estivales. Les rues sont généralement désertes, mais l'on y entend toujours le bruit de quelque machine agricole ou d'un chantier. De vieux postes radios crachent du discopolo, véritable religion musicale nationale, syncrétisme du pire de la musique de discothèque et de fête foraine.

 

De petits attroupements autour d'une banale maison de village, signalent la présence d'un "sklep", qui en fait de magasin vend pour l'essentiel des glaces et des bières. Les glaces pour les enfants, qui s'amusent parfois à nous suivre à vélo, des bières pour les plus âgés, qui sirotent à l'ombre. La chaleur est étouffante, et nous avons choisi notre camp, pour nous c'est les glaces....

 

Vous l'aurez compris, les cam[pagnes de la terre du milieu finissent par nous lasser. Heresement, deux amies, Emilie et Nadia, nous ont rejoints depuis Varsovie pour quelques jours de marche: une bulle de bonne humeur et d'amitié. A leur départ, nous nous sommes retrouvés un peu démunis. La vie vagabonde a cela de surprenant qu'elle est une révolution permanente: les peines et les joies absolues se succèdent à toute vitesse. Puis la route reprend son cours... à bonne foulée et dans la bonne humeur...

 

Dans nos prochains récits, il y aura plein de belles rencontres et un programme chargé : le pèlerinage de Czestochowa, la visite d'Auschwitz d'ici quelques jours, puis notre arrivée a Cracovie... Tenez vous prêts !

 

 

Observations en vrac

 

Vu de France, la boisson nationale polonaise, c'est la vodka. Au final, pour l'instant, déception, nous n'en n'avons pas tant vu/bu que ça, en revanche ils ont une consommation de bière impressionnante... c'est vrai qu'a moins d'un euro la pinte...

 

Un de nos "anges" croisé en route nous dit: "j'adore les histoires de vieilles gens sur la seconde guerre mondiale, à les écouter, on croirait qu'il n'y eut que des héros." Tiens, tiens ici aussi...

 

 


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Commentaires : 4
  • #1

    Elise (vendredi, 16 août 2013 01:45)

    ah cette petite phrase sur "bien connaitre ses ennemis" est superbe ! surtout s'ils sont aussi des voisins :))
    on comprend que c'est une saison estivale sur le mode ice cream, terrible !!!

  • #2

    Nadia (mercredi, 21 août 2013 15:59)

    Belles découvertes culturelles en somme : la mémoire d'une ville chargée d'une histoire troublante, une agriculture pleine de pectine et...et... des "sklep" salvateurs qui réconfortent avec une régularité sans faille les marcheurs par temps caniculaire!!! Oh oui, quels beaux moments aux découvertes hétéroclites!

  • #3

    Isaie (jeudi, 05 septembre 2013 11:49)

    D'où l'expression polonaise : on tue un allemand par devoir et un russe par plaisir.
    Sympa de voir une photo des trois copines en pleine marche !
    Tout va bien à Montpellier on vous embrasse.

  • #4

    Ami Gilbert d'Ahuy (mardi, 11 février 2014 20:08)

    Monotonie dans les grandes plaines! C'est vrai, mais personnellement j'ai adoré
    cela dans les sierras et les pampas de mon Chemin de la Plata. Dans mes grandes
    solitudes, je ne me rendais même plus compte que je marchais, tout en mettant
    un pied devant l'autre, perdu dans mes pensées et mes poésies...
    Gilbert

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