Carnet de voyage #7 - Entrée dans l'Europe du milieu

 

Nous l'appréhendions autant que nous l'attendions, Pologne, nous y sommes.

 

Au-delà des aprioris

En traçant notre itinéraire à l'époque où l'Europe des petits pas n'était qu'une nébuleuse abstraite ou en échangeant avec nos amis, c'était sur la Pologne que se cristallisait toutes les plaisanteries. Allusions aux champs de patates ou encore aux tournées de vodka, voilà comment tirer un rapide portrait de clichés de la Pologne.

 

Ces aprioris ce n'est pas dans les pays baltes qu'ils sont tombés. Depuis l'Estonie on nous martelle avec : "attention les Polonais roulent comme des fous" ou encore "sur le bord des routes vous verrez beaucoup de gens saouls".

Cette frontière nous l'avons quand même attendu avec impatience, elle était pour nous un gage d'avancée : 3 pays 1000 km...

 

Depuis que nous sommes en Pologne il y a déjà deux choses que nous ne pouvons pas démentir : oui il y a bien des champs et presque que ça, et oui la vodka est la boisson incontournable.

 

 

Des champs il y en a à foison mais pas de patates plutôt de blé. Ça doit être la saison qui veut ça. On ne se lasse pas de voir les blés ondulés sous l'effet du vent. Aux lignes éperdument droites se sont substituées des routes qui suivent les courbes et les vallons, moins monotones pour nous marcheurs... La campagne recelle de lacs, quelques agroturistica bourgeonnent à leurs bords. Mais les aménagements touristiques se comptent encore sur les doigts de la main, le potentiel est énorme. Alors nous profitons tant qu'il est encore temps de ces berges silencieuses. Le tableau perd toutefois de sa splendeur quand la météo fait des siennes surtout dans les petites bourgades. Le ciel gris déshabille les villages de tout charme, seules sautent aux yeux les grandes places nues, bordées par des petites épiceries aux murs grisâtres. L'émerveillement n'est donc pas de tous les instants.

 

La vodka est venue nous titiller le gosier assez rapidement, et surtout celui de Mathieu. C'était à Augustow, la troisième nuit en Pologne que nous avons passée dans le petit mais confortable appartement de Louise et Martin. Après une petite promenade nocturne des environs, nos corps ne demandaient qu'à se laisser aller dans les bras de Morphée, mais Martin retarda ce moment. Il disposa 5 bouteilles différentes de vodka sur la table, non pas pour que l'on fasse notre choix mais bien pour que nous les goûtions toutes. A chaque nouveau shot et l'échange d'un <nazdrovia> (à la tienne), Mathieu tentait un "bon c'est le dernier celui là !". Et finalement c'est au pluriel que ce mot s'est décliné, des derniers il y'en a eu une douzaine...

 

 

Une nuit insolite

l y a des nuits qu'on ne peut oublier. Non pas parce qu'elles ont été douces et romantiques, passées sous les étoiles mais parce qu'elles furent courtes et arrosées.

 

Il nous arrive de toquer aux portes pour demander asile dans les jardins ou les champs. Cette fois là, un je-ne-sais-quoi nous a guidés vers un habitat communautaire . Cinq ou six maisonnettes regroupées autour d' un petit auvent en bois où tout le petit monde se réunit le soir pour la ou plutôt les petites bières du soir. Ils étaient une quinzaine à être attablés quand nous sommes arrivés ce soir-là. Ils n'ont pas hésité à nous autoriser à planter la tente et c'est avec des yeux tout ronds qu'ils nous ont regardés œuvrer. Petits commentaires et éclats de rire ont accompagné notre installation. Le doyen de ce lieu-dit se montra particulièrement intéressé.

 

Après quelques minutes, il nous arrêta net et nous demanda de le suivre. Le tout dans une langue inventée pour l'occasion, mêlant anglais, russe et polonais. C'est avec une très grande fierté qu'il nous montra SA tente installée dans le jardin pour ses petits enfants. Une tente en toile bleue des années 60 avec le liseré orange qui rappelle celles des camps scout et des colonies de vacances. Elle en imposait c'est vrai, bien plus grande que notre igloo et surtout avec une touche d'exotisme qui nous fit rapidement accepter son offre. L'affaire était dans le sac, nous passerons la nuit ici! Le petit manège repris donc en sens inverse : défaire et replier la tente, notre tente. S'en suivirent une valse de petites attentions orchestrées par les femmes de la communauté : thé, pâté, concombre, gâteau, dans un ordre qui nous a quelque peu échappé...

 

ça c'était pour la jolie petite histoire.

 

La nuit a été moins drôle que prévu. A partir de deux heures du matin nous avons épongé cette tente d'adoption, son étanchéité nulle tranchant avec sa fière allure. Nous passâmes le reste de la nuit dehors, à nous mordre les doigts d'avoir trahi notre igloo dernier cri. A sept heures, un jeune couple (parents des enfants qui occupent normalement la fameuse tente) nous invita à nous réfugier chez eux pour partager le petit déjeuner.

 

Elena et son mari habitent pour le moment une modeste petite bicoque avec, juste en face, la maison dont ils rêvent, qu'ils construisent avec les moyens du bord. Ils ont un ordre qui leur est propre : la toiture n'est pas finie, mais les lambris sont posés, et Elena me précise, avec des étoiles plein les mirettes, qu'ici dans la salle de bain il y aura un grand miroir. Elle nous propose de partager avec eux leur petit joint matinal.

 

Nous aurions peut-être dû accepter, car après cette nuit mouvementée et la perspective d'une étape de 37 km sous la pluie, c'est avec un sourire un peu crispé que nous avons quitté ce jeune couple.

 

Il y a des anges, comme ça, qu'on ne peut oublier...

 

 


Écrire commentaire

Commentaires : 3
  • #1

    Olivia (vendredi, 26 juillet 2013 22:49)

    C'est tellement bien conté ...

  • #2

    Guitou (samedi, 27 juillet 2013 11:08)

    Quel plaisir de vous lire, à défaut de joint, vous m'avez offert ma petite crise de rire matinale ;-) A musez vous bien !

  • #3

    Nadia (mercredi, 21 août 2013 16:13)

    Un vrai petit bijou cet article!!

OTHER LANGUAGES

...ON AVANCE !

 

 

Depuis notre départ, nous avons marché